Cette lave est d'un gris sombre, et presente presque partout une structure compacte et une disposition imparfaitement colonnaire; mais, a une petite distance de la cote, elle renferme, irregulierement disposee, une masse brechiforme de scories rouges, melangees d'une quantite considerable de calcaire blanc, terreux, friable, et en certains points, presque pur, comme celui du sommet de Red Hill. Cette lave avec le calcaire qu'elle empate doit certainement avoir coule comme une nappe reguliere; a en juger par la forme de la gorge, vers laquelle convergent encore les precipitations atmospheriques actuellement peu abondantes dans cette region, et par l'aspect de la couche de blocs incoherents ressemblant aux quartiers de rochers du lit d'un torrent, et sur laquelle repose la lave, nous pouvons conclure que la coulee etait d'origine subaerienne. Je n'ai pu suivre cette coulee jusqu'a son origine, mais, d'apres sa direction, elle parait etre descendue de Signal-Post Hill, eloigne d'un mille un quart, et qui, comme Red Hill, a ete un centre d'eruption posterieure au soulevement de la grande plaine basaltique. Un fait qui concorde avec cette maniere de voir, c'est que j'ai trouve sur Signal-Post Hill une masse de matiere calcaire terreuse, de la meme nature, melangee avec des scories. Il importe de faire observer ici qu'une partie de la matiere calcaire qui constitue le banc sedimentaire horizontal, et specialement la matiere fine recouvrant d'une couche blanche les fragments de roches engages dans le banc, doit son origine, suivant toute probabilite, a la fois a des eruptions volcaniques et a la trituration de restes d'organismes. Les roches cristallines anciennes sous-jacentes sont associees avec beaucoup de carbonate de chaux sous la forme d'amygdaloides et de masses irregulieres, dont je n'ai pu comprendre la nature.

En tenant compte de l'abondance du calcaire terreux pres du sommet de Red Hill, cone volcanique haut de 600 pieds et de formation subaerienne, du melange intime de petits fragments et de volumineux amas de scories empates dans des masses d'un calcaire presque pur, et de la maniere dont de petits noyaux et des trainees de poussiere calcaire sont renfermes dans des fragments massifs de scories, en tenant compte enfin d'une association identique de calcaire et de scories, constatee dans une coulee de lave qu'on a toutes raisons de croire moderne et subaerienne, et qui est descendue d'une colline ou l'on rencontre egalement du calcaire terreux, je pense que, sans aucun doute, le calcaire a ete ejacule a l'etat de melange avec la lave fondue. Je ne sache pas qu'aucun fait semblable ait ete decrit, et il me parait interessant de le signaler, d'autant plus qu'un grand nombre de geologues ont certainement cherche a determiner les actions qui doivent se produire dans un foyer volcanique prenant naissance dans des couches profondes, de composition mineralogique variee. La grande abondance de silice libre dans les trachytes de certaines regions (tels que ceux de Hongrie decrits par Beudant, et des iles Ponza par P. Scrope) resout peut-etre la question pour le cas ou les roches sous-jacentes seraient quartzeuses, et nous trouvons probablement ici la solution du probleme dans le cas ou les produits volcaniques ont traverse des masses sous-jacentes de calcaire. On est porte, naturellement, a se demander a quel etat se trouvait le carbonate de chaux, actuellement terreux, au moment ou il a ete ejacule avec la lave dont la temperature etait tres elevee; l'etat extremement celluleux des scories de Red Hill prouve que la pression ne peut avoir ete bien considerable, et comme la plupart des eruptions volcaniques sont accompagnees du degagement de grandes quantites de vapeur d'eau et d'autres gaz, nous trouvons ici reunies les conditions qui, suivant les idees actuelles des chimistes, sont les plus favorables pour l'elimination de l'acide carbonique[3]. On peut se demander si la lente reabsorption de ce gaz n'a pas donne au calcaire renferme dans les vacuoles de la lave cette structure fibreuse si particuliere, semblable a celle d'un sel efflorescent.

Observations Geologiques sur les Iles Volcaniques Page 17

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Charles Darwin

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