D'apres ces faits, plusieurs auteurs ont attribue la lamellation de ces roches volcaniques au mouvement qu'elles ont subi quand elles etaient a l'etat liquide. Quoiqu'il soit facile de comprendre pourquoi chaque vacuole, ou chaque fibre de pierre ponce[47], doit etre etiree dans le sens du mouvement de la masse, on ne voit nullement pour quelle raison le mouvement aurait dispose ces vacuoles et ces fibres dans les memes plans, et en lames absolument droites et paralleles entre elles qui sont souvent d'une finesse extreme; et l'on voit encore beaucoup moins pour quelle cause ces couches arrivent a presenter une composition presque semblable avec une structure differente.

Pour chercher a etablir la cause qui a determine la lamellation de ces roches feldspathiques ignees, rappelons les faits decrits d'une maniere si detaillee a l'Ascension. Nous voyons qu'un certain nombre des couches les plus minces sont constituees, en tres grande partie, par de nombreux cristaux excessivement petits, quoique parfaits, de divers mineraux; que d'autres couches sont formees par la reunion de globules concretionnes de differentes especes, et que souvent on ne saurait distinguer les couches ainsi constituees des couches feldspathiques ordinaires et des couches de retinite, dont la masse totale est constituee en grande partie. A en juger par plusieurs cas semblables, la structure fibro-radiee des spherulites parait allier la tendance a la concretion avec la tendance a la cristallisation; en outre, les cristaux isoles de feldspath sont tous disposes dans les memes plans paralleles[48]. Ces forces en se combinant ont joue, par consequent, un role important dans la lamellation de la masse, mais elles ne sauraient etre considerees comme la force primordiale; car les nodules des differentes especes, les petits aussi bien que les plus grands, sont stries interieurement par des zones nuancees excessivement fines, paralleles a la lamellation de la masse totale; et un grand nombre d'entre eux portent aussi a la surface des sillons et des cretes paralleles diriges dans cette meme direction, et qui n'ont pas ete produits par decomposition.

On peut voir distinctement que quelques-unes des stries colorees les plus fines des couches lithoides alternant avec l'obsidienne sont dues a un commencement de cristallisation des mineraux constitutifs. On peut aussi constater avec certitude que le degre de cristallisation atteint par les mineraux est en rapport avec la dimension plus ou moins grande, et avec le nombre des fissures ou des petites vacuoles aplaties et echancrees. Des faits nombreux prouvent que la cristallisation est considerablement facilitee quand elle peut s'operer dans un espace libre, comme le montrent les geodes, et les cavites du bois silicifie, des roches primaires et des filons. J'en conclus que si, pendant le refroidissement d'une masse rocheuse volcanique, une cause quelconque vient a provoquer la formation d'un certain nombre de petites fissures, ou de zones de moindre tension (qui pourront souvent se transformer par dilatation en vacuoles a contours irreguliers sous l'action des vapeurs comprimees), la cristallisation des parties constitutives et probablement la formation de concretions s'operera dans ces zones ou y sera notablement facilitee. Il se produira ainsi une structure lamellaire du genre de celle que nous etudions en ce moment.

Pour expliquer la formation des zones paralleles de moindre tension dans les roches volcaniques durant leur consolidation, nous devons admettre l'intervention d'une cause encore indeterminee; tel est le cas pour les couches minces alternantes d'obsidienne et de ponces decrites par de Humboldt, et pour les petites vacuoles aplaties et irregulieres qu'on observe dans les roches lamellaires de l'Ascension; car nous ne pouvons concevoir autrement pour quelle raison les vapeurs contenues dans la masse formeraient par leur expansion des vacuoles ou des fibres disposees en plans separes paralleles, au lieu de se repandre irregulierement dans la roche tout entiere.

Observations Geologiques sur les Iles Volcaniques Page 45

19th Century English Literature

Charles Darwin

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