Seale. Comme cette Cochlogena est une coquille grande et bien visible, j'ai soigneusement interroge plusieurs habitants fort intelligents, sur le point de savoir s'ils avaient jamais vu cet animal a l'etat vivant; ils m'ont tous affirme que non, et meme ils ne voulaient pas croire que ce fut un organisme terrestre; en outre, M. Seale, qui a collectionne des coquilles a Sainte-Helene pendant toute sa vie, ne l'a jamais rencontree a l'etat vivant. Peut-etre decouvrira-t-on que quelques-unes des especes les plus petites sont encore vivantes; mais, d'un autre cote, les deux mollusques terrestres vivant actuellement en abondance dans l'ile n'ont jamais ete trouves, que je sache, associes dans les roches avec les especes eteintes. J'ai montre dans mon journal[16] que l'extinction de ces mollusques terrestres pourrait n'etre pas fort ancienne, car un grand changement s'est produit dans l'ile il y a environ cent vingt ans; a cette epoque, les vieux arbres moururent, et ils ne furent pas remplaces parce que les jeunes arbres etaient detruits au fur et a mesure de leur naissance par les chevres et les porcs, qui vivaient dans l'ile en grand nombre et a l'etat de liberte depuis 1502. M. Seale affirme que sur Flagstaff-Hill, ou les coquilles enfouies sont surtout abondantes, comme nous l'avons vu, on peut observer partout des traces qui demontrent clairement que cette colline a ete couverte autrefois d'une epaisse foret; aujourd'hui, il n'y croit pas meme un buisson. La couche epaisse de terre vegetale noire, qui recouvre le banc coquillier sur les flancs de cette colline, a ete probablement amenee du sommet par les eaux des que les arbres perirent et que l'abri qu'ils offraient disparut.

_Soulevement de l'ile_.--Apres avoir constate que les laves de la serie inferieure, dont l'origine est sous-marine, ont ete elevees au-dessus du niveau de la mer et atteignent en certains endroits une altitude de plusieurs centaines de pieds, je me suis efforce de retrouver des signes superficiels du soulevement de l'ile. Le fond d'un certain nombre des gorges qui descendent vers la cote est comble, sur une hauteur de 100 pieds environ, par des couches mal definies de sable, d'argile limoneuse et de masses fragmentaires. M. Seale a trouve dans ces couches les os de l'Oiseau du Tropique et de l'Albatros; aujourd'hui le premier de ces oiseaux visite rarement l'ile, et le second n'y vient jamais. La difference qui existe entre ces couches et les amas inclines de debris qui les recouvrent me fait supposer qu'elles ont ete deposees dans les gorges lorsque celles-ci se trouvaient au-dessous du niveau de la mer. En outre, M. Seale a montre que quelques-unes des gorges en forme de fissure[17] s'elargissent legerement du sommet vers la base en offrant une section concave, et cette forme speciale est due probablement a l'action erosive que la mer exercait lorsqu'elle penetrait dans la partie inferieure des gorges. A des altitudes plus considerables on n'a pas de preuves aussi evidentes du soulevement de cette ile; neanmoins, dans une depression en forme de baie que presente le plateau s'etendant derriere Prosperous Bay, a l'altitude d'environ 1.000 pieds, on voit des masses rocheuses a sommet plat, dont on ne saurait concevoir la separation d'avec les couches voisines semblables qu'en admettant qu'elles ont ete exposees a l'erosion marine sur une plage. Il serait certainement bien difficile d'expliquer d'une autre maniere un grand nombre de denudations qui ont ete produites a de grandes altitudes; ainsi, par exemple, le sommet aplati de la colline de Barn, dont l'altitude est de 2.000 pieds, presente, suivant M. Seale, un veritable reseau de dikes tronques; sur des collines formees, comme le Flagstaff, d'une roche tendre nous pouvons supposer que les dikes ont ete erodes et abattus par les agents atmospheriques, mais nous pouvons difficilement supposer que cela soit possible pour les couches basaltiques resistantes du Barn.

_Denudation de la cote_.--Les enormes falaises, hautes, en certains endroits, de 1.000 a 2.000 pieds, dont cette ile, semblable a une prison, est entouree de toutes parts, sauf en quelques points ou d'etroites vallees descendent vers la cote, forment le trait le plus saillant du paysage.

Observations Geologiques sur les Iles Volcaniques Page 60

19th Century English Literature

Charles Darwin

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